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Aux sources du véhicule connecté (Question(s) de management (n°15))

11 pages

Auteurs : Eric ENREGLE


Comment rendre compte de l’attrait pour le véhicule connecté ? Il apparaît qu’une logique propre à la société contemporaine permet de rendre compte d’un attrait non pas accidentel mais bien fondamental pour le véhicule connecté. Cette logique a deux visages, qui se dessinent par contraste avec deux piliers de l’intuition philosophique classique. Quels sont ces piliers ? C’est d’abord l’idée que l’homme est doté d’une nature, qui est ce qui l’anime intimement ; et cette nature a beau lui être donnée, il n’en reste pas moins qu’il lui revient de l’accomplir, de vivre en conformité avec elle ; il s’agit de devenir ce que l’on est. C’est ensuite l’idée que cette nature est participative, que le lien à l’autre est constitutif de ce que l’homme se découvre être à mesure qu’il se connaît lui-même : à mesure que l’homme va vers lui, il va vers l’autre ; la participation (et en particulier la société) est le corollaire d’une vie menée par l’homme conformément à sa nature. Qu’entraîne la mise en question de ces deux piliers ? D’une part, l’homme qui ne se sent pas de nature à accomplir perd en quelque sorte le moteur intérieur qui l’anime et est alors mis en mouvement par l’extérieur, mouvement qui précisément lui donne le sentiment de vivre. Et c’est finalement à un homme qui court après mille sollicitations dans un mouvement perpétuel que nous avons affaire : la multiplication des expériences vécues lui donne le sentiment d’être. Le véhicule connecté offrant par définition un potentiel expérientiel sans fond vient soutenir ce sentiment : un monde de sollicitations est immédiatement disponible par la connectivité ; ces sollicitations sont multipliées quand il s’agit d’un véhicule connecté, a fortiori si ce véhicule est autonome, offrant à l’individu l’occasion d’endosser divers rôles. D’autre part, l’homme qui ne se sent pas constituer la partie d’un tout, mais se sent bien plutôt constituer un tout, ne manque pas de rencontrer autrui comme un obstacle sur le chemin de sa satisfaction, obstacle qu’il s’agit de lever : il s’agit de se sentir indépendant. Ici encore, le véhicule connecté apparaît comme un excellent moyen à la fois de progresser réellement vers l’indépendance, et celle-ci constituant une sorte d’idéal à atteindre, de soutenir ce faisant l’illusion d’indépendance. Indépendance réelle, si l’on considère que la connectivité et l’automobile, notamment quand elle devient autonome, constituent un progrès, augmentant l’efficience de l’individu. Illusion d’indépendance, par exemple, si l’on considère que la connectivité donne le sentiment d’être au centre d’un monde qui tourne autour de soi. Enfin, certains corollaires intéressant notre propos doivent être évoqués. Si l’on considère que chez un individu tout entier désir : 1) la participation n’est pas donnée mais construite, donnant naissance à des communautés communautaristes ; 2) qu’il n’y a rien au principe d’un ancrage territorial, ce qui conduit au nomadisme ; et 3) qu’une certaine peur de tomber dans la dépendance d’autrui prévaut ; nous avons l’émergence de communautés communautaristes nomades soucieuses de bénéficier de réseaux immatériels ultra-sécurisés, de véhicules facilitant le quotidien nomade et proposant des stratégies de déplacement communautaires. 


The inner logic of connected vehicle 

How can we explain the appeal towards connected vehicle? It appears that a logic specific to contemporary society makes it possible to explain the fact that this appeal is not accidental but truly fundamental. This specific logic has got two faces that stand out in contrast to two pillars of classical philosophy intuition. Let us first remind us of the nature of these two pillars. First it is the idea that every single individual has a nature which is what intimately animates him. And even though this nature is given to him, he still has to accomplish it: he has to become who he is. Then it is the idea that this nature is a participative one: the link to others constitutes what each individual is, so that the more he accomplishes himself, the more he is connected to others. Let us come now to our purpose since, as we said, the specific logic is founded upon the opposite of these two pillars. This leads us to the two “opposite pillars”. On the one hand, the individual does not feel he has a nature to accomplish. This means that the individual loses his inner movement. Consequently he is set in motion by external factors: this gives him a sense of self. Hence an individual who is eager to accumulate as many experiments as he may have. For many reasons, the concept of connected vehicle offers a great deal of such experiments. On the other hand, if an individual does not see himself as part of a whole but considers that he is a whole, he will then consider others as a potential obstacle to his desires fulfillment. How can he feel independent while living with others? Here again, the concept of connected vehicle provides him with a solution as it is an excellent way to really progress towards independence or at least to support the illusion of independence. Illusion of independence when connectivity gives him the feeling that he is in the center of a world that revolves around him. Real independence if we consider that connectivity and car increase efficiency. Lastly, we should consider a few corollaries. Starting from an individual who considers himself as a whole: 1) participation is not given but constructed, which gives rise to communitarian communities; 2) local roots seem to be lost, which leads to nomadism; 3) a fear to depend on others seems to prevail. As a consequence, we have the emergence of nomadic communitarian communities, anxious to benefit from ultra-secure intangible networks, vehicles making a nomadic daily life easier and offering community-based movement strategies. 

15,00 €
Revue Question(s) de management
Numéro Question(s) de management (n°15)
Date de parution 2016
ISSN 2262-7030
Nombre de pages 168 pages
Format 210 x 297 mm

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